Le couturier collectionnait les costumes ibériques du XIXe siècle et les habits religieux, mais on le surnomma “l’évêque de la modernité” pour sa vision rigoureuse du vêtement. Rétrospective à la Cité de la mode.
Le premier essayage chez Balenciaga vaut le troisième ailleurs, assurait la grande Marlène Dietrich. Christian Dior, dont il fut proche tout en ayant une vision de la mode très éloignée de la sienne, le présentait parmi les couturiers comme « notre maître à tous ». Peu portée aux compliments, la redoutable Coco Chanel s’inclinait devant ce « vrai couturier », seul capable de « dessiner et de découper un tissu, de le monter et de le coudre à la main ». Il sera le seul à partager avec Madeleine Vionnet une telle virtuosité de la coupe à plat des tissus.
Né à Guétary en 1895, disparu il y a quarante ans, Cristóbal Balenciaga, dont la vocation artistique doit beaucoup à sa mère couturière, était ambidextre et coupait des deux mains avec une justesse inégalable. Dans l’apparente frivolité de la mode, il sut déceler les détails les plus secrets et se nourrir « de l’étendue des technicités », explique Olivier Saillard, directeur du musée Galliera – le musée de la mode – , à Paris, et commissaire de l’exposition “Cristóbal Balenciaga, collectionneur de mode”. Celle-ci est organisée par le musée Galliera hors de ses murs, aux Docks – qui abritent l’Institut français de la mode – , sur la rive gauche de la Seine, à deux pas de la gare d’Austerlitz. Inédite, l’exposition part judicieusement des archives personnelles du couturier ibérique, dévoilées pour la première fois, afin de mettre en perspective toute la richesse de son travail.
Lorsqu’il fuit en 1936 la guerre civile espagnole et s’installe à Paris, créant sa maison en 1937, il n’est déjà plus un inconnu et on le loue pour la rigueur de son travail et pour son audace créative, qui n’acquiert la profondeur que nous lui connaissons qu’en raison de son érudition. Toute sa vie, celui qu’on surnomma “l’évêque de la modernité” sera aussi fervent catholique qu’ardent collectionneur d’habits, passionné par l’histoire de la mode. À travers les quatre-vingts pièces du fonds ici exposées, c’est toute la somptuosité d’une époque, le XIXe siècle, qui est révélée, ainsi que la puissance, le foisonnement, le lyrisme, l’ampleur et le caractère baroque de la mode ibérique.
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