Dossier d'actualité

jeudi, 10/05/2012
Par Éric Branca

Nicolas Sarkozy à la MutualitéSur les 20 millions de voix qui, le 22 avril, n’avaient pas choisi la gauche, près d’un cinquième ne se sont pas reportées, le 6 mai, sur Nicolas Sarkozy. Quelle qu’en soit l’issue, les législatives des 10 et 17 juin marqueront la première étape d’une reconstruction qui, cette fois, n’ira pas sans une réforme intellectuelle et morale.

Une défaite ne ressemble jamais à une autre. Le 10 mai 1981, Valéry Giscard d’Estaing, bien que battu, avait recueilli 300 000 voix de plus que son potentiel du premier tour. Son échec n’avait rien d’humiliant et Mitterrand ne devait qu’à lui-même sa victoire, acquise grâce à une mobilisation spectaculaire des abstentionnistes (1,3 million de votants de plus en l’espace de deux semaines).

Trente et un ans plus tard, la droite perd le pouvoir dans un mouvement exactement inverse : François Hollande qui, le 22 avril, ne pouvait compter, en théorie, que sur 44 % des suffrages exprimés (PS + Front de gauche + extrême gauche) l’emporte grâce à la démobilisation symétrique de ses adversaires dont près de 20 % des électeurs l’ont choisi ou se sont réfugiés dans l’abstention. Bien qu’arithmétiquement victorieux, c’est donc moins Hollande qui a gagné que Sarkozy qui a perdu puisque 3,4 millions de bulletins de vote théoriquement opposés aux socialistes ne se sont pas offerts à la droite.

Lire la suite

Politique

jeudi, 10/05/2012
Par Christine Clerc

François Hollande à Tulle le 6 maiQuelles que soient ses qualités personnelles, le nouveau chef de l'État est d'abord quelqu'un qui a su saisir ses chances. Un art dont il aura, pour la suite, un crucial besoin !

« Un homme réussit à acheter le cheval dont il rêve. L’heureux homme ! Mais… C’est peut-être un bien, c’est peut-être un mal ? Sa monture s’emballe. Jeté à terre, il voit son cheval s’enfuir ! Cependant, écoutez la suite : la guerre est déclarée, on réquisitionne les chevaux et leur propriétaire… il y échappe ! » François Mitterrand aimait bien cette histoire japonaise. Dans la vie de François Hollande, combien de fois, alors que les dieux lui paraissaient contraires, a-t-il ainsi rencontré sa chance ! Sept chances. Presque toutes sous le visage de la déception.

2 avril 1992 Alors qu’il a été repéré dix ans avant, comme Ségolène Royal (sa camarade de promotion Voltaire à l’Ena), par Jacques Attali, conseiller du président socialiste, et qu’il a eu l’audace, à 26 ans, de se présenter contre Jacques Chirac en Corrèze, Hollande souffre de n’être pas distingué par Mitterrand. Sous-estimé, déjà ? Pas assez “transgressif” pour plaire au Prince : c’est sa compagne et non lui que Mitterrand fait ministre de l’Environnement du gouvernement Bérégovoy, en même temps qu’il nomme Bernard Tapie ministre de la Ville.

Lire la suite

jeudi, 10/05/2012
Par VA

Rue de Solférino, 6 mai 2012.Alors que la droite entame sa recomposition sur fond d’élections législatives, les chroniqueurs de “Valeurs actuelles” confrontent leurs idées. Par Christine Clerc, Catherine Nay, Stéphane Denis, Denis Tillinac et Olivier Duhamel.

Quelle est la principale difficulté que devra affronter Hollande ?

Christine Clerc Expliquer au “peuple de gauche” qu’il faut désendetter la France en réduisant les dépenses publiques, et qu’on ne peut, sans doper les importations et creuser notre déficit commercial, relancer la croissance par la consommation, comme le préconise Mélenchon… à moins qu’il ne s’agisse d’une consommation de biens et services exclusivement produits en France. Il faudra un vrai talent de pédagogue pour délivrer cette leçon d’économie nationale.

Stéphane Denis Son caractère. Il est intelligent et pragmatique, mais acquérir la confiance des investisseurs malgré la campagne des législatives et la nécessité de donner à la gauche qui l’a élu au moins une satisfaction, fût-elle symbolique, n’ira pas de soi. Hollande n’appliquera pas le programme socialiste. Au contraire, il fera sans le dire la politique de son prédécesseur ; au premier chef, la diminution des dépenses publiques. Il devra résister à la tentation du recours abusif à l’impôt. Ce ne sera pas facile dans un contexte de déséquilibre européen et de contestation générale. Je crois qu’il aura surtout besoin de faire preuve de leadership.

Lire la suite

Société

jeudi, 10/05/2012
Par Guillaume Roquette

Mathieu Laine est l’un des rares intellectuels français libéraux. Il explique pourquoi ce courant de pensée est autant rejeté dans notre pays.

A vos yeux, qui était le candidat le plus libéral de cette campagne présidentielle ? Il n’y avait aucun candidat libéral dans une campagne qui a atteint des sommets de démagogie et qui flattait deux bas instincts humains : la peur et l’envie. L’antilibéralisme était même le seul point commun des dix candidats. Un peu comme si la France pouvait penser son avenir sans prendre conscience que nous vivons dans une société ouverte, que les modèles sociaux sont mis en concurrence, que les personnes et les capitaux peuvent aisément franchir les frontières. Quel archaïsme de la pensée ! Je suis heureux que cette campagne soit terminée pour que la réalité reprenne ses droits.

Pourquoi le libéralisme est-il considéré en France comme une sorte de maladie honteuse ? Les Français n’aiment pas le libéralisme parce qu’ils ne le connaissent pas ! Ils pensent, tout d’abord, qu’il est anglo-saxon, alors qu’il est très largement né en France. Le libéralisme émerge vraiment au XVIIIe siècle sous la plume de Boisguilbert, Condorcet, Turgot, Montesquieu et Voltaire. Il connaît ensuite un “âge d’or” dans la première moitié du XIXe siècle autour des figures de Say, Bastiat, Constant et Tocqueville. Nous ne sommes donc pas que les héritiers de Colbert et de Rousseau ! Ensuite, beaucoup de Français le voient comme un anarchisme. S’il est vrai que certains auteurs ont poussé leur raisonnement jusqu’à l’anarcho-capitalisme (l’Américain Murray Rothbard par exemple), l’immense majorité des libéraux, d’Aron à Hayek, accorde un rôle non négligeable à l’État.

Lire la suite

jeudi, 10/05/2012
Par Fabrice Madouas

Rassemblement de coptes au Caire« La France a accueilli des réfugiés, mais son devoir est aussi d’aider [les chrétiens d’Orient] à rester au contact de leurs racines dans des pays dont ils constituent une composante historique essentielle. » C’est ce qu’écrivait en juin dernier François Fillon dans une lettre de mission remise à Adrien Gouteyron. L’ancien sénateur lui a rendu son rapport à la fin du mois d’avril. Ses recommandations pourront guider l’action de la future majorité parlementaire, quelle qu’elle soit.

Adrien Gouteyron souligne la situation dramatique de ces minorités chrétiennes. En Irak, évidemment, où les chrétiens sont massivement contraints à l’exil : 1,5 million à la fin du XXe siècle, autour de 400 000 aujourd’hui. En Égypte, où les progrès des salafistes inquiètent les coptes, 100 000 d’entre eux ont émigré depuis mars 2011 et 15 000, victimes de discriminations, « passent à l’islam » chaque année. En Turquie aussi, et même au Liban, bien que la situation soit différente, le sort des chrétiens mérite la vigilance de la communauté internationale.

Lire la suite

Monde

jeudi, 10/05/2012
Par Pierre-Alexandre Bouclay

Vladimir Poutine Élu confortablement en mars, Vladimir Poutine veut poursuivre la modernisation de son pays et son redressement moral. Il pourrait rester au pouvoir jusqu'en 2024

C’est un endroit qu’il commence à connaître… Après deux mandats, en 2000 et 2004, Vladimir Poutine a été (ré)intronisé au Kremlin le 7 mai, à la suite de sa victoire à l’élection présidentielle du 4 mars (63,6 % des voix au premier tour). Avec ce troisième mandat, porté à six ans et renouvelable une fois, il peut se maintenir au pouvoir jusqu’en 2024.

Le 25 avril, Poutine a réaffirmé la solidité de la “tandemokratia” – son tandem avec le président sortant Dmitri Medvedev. Annonçant aux cadres de Russie unie qu’il quitterait sous peu la présidence du parti majoritaire, il a émis un souhait qui sonnait comme un ordre : « Je vous demande d’organiser un congrès extraordinaire d’ici au 26 mai. Comme je proposerai la candidature de Dmitri Medvedev au poste de premier ministre, je trouverais juste qu’il dirige le parti. » L’aigle bicéphale, emblème de la Russie, a rarement aussi bien symbolisé le pays !

Derrière cette apparente sérénité, Poutine est conscient que son mandat sera celui de tous les défis : « La Russie est sortie de la transition postsoviétique et se trouve au seuil d’une nouvelle ère de développement. C’est une étape vers la formation d’un ordre étatique, économique et social devant assurer l’épanouissement de nos citoyens pour des décennies. »

Lire la suite

jeudi, 10/05/2012
Par Maxime Perez

Un chantier au QatarLoin de nos débats, certains États arabo-musulmans adoptent des lois d’immigration impitoyables. Petit détour vers l’Arabie, le Koweït, les Émirats.

Un simple clic sur le site Arabie-Saoudite.com suffit à comprendre qu’il ne fait pas bon être étranger au royaume wahhabite, « un pays dirigé selon le Coran et la charia », annoncent les autorités. Ce portail promotionnel est très dissuasif pour les candidats au voyage ou à l’immigration, avec une longue liste de restrictions pour entrer sur le territoire saoudien. Soyons clairs : pour éviter tout désagrément, mieux vaut ne pas être juif ou homosexuel, “crime” qui reste passible de la peine de mort.

Interdiction est faite aux femmes de voyager seules. Elles doivent être accompagnées de leur époux ou d’un parent masculin. À Ryad, les contrôles sont draconiens, comme on n’ose plus le faire dans les pays occidentaux : tout est passé au crible par la censure. Les exemplaires de Valeurs actuelles ou du Spectacle du monde n’échappent pas à un feuilletage soupçonneux… Les objets “subversifs et immoraux” sont confisqués, ainsi que de nombreux médicaments considérés comme des stupéfiants.

Lire la suite

Économie

jeudi, 03/05/2012
Par Frédéric Paya

Stephen ElopAttaqué sur ses marchés historiques où seuls les volumes peuvent compenser la faiblesse des marges, le dernier fabricant européen de mobiles peine à rattraper son retard dans les smartphones haut de gamme. Le groupe finlandais n’est plus le numéro un mondial.

Trimestris horribilis ! À la fin du mois de mars, Nokia a perdu sa couronne de premier fabricant mondial de téléphones mobiles, place qu’il occupait depuis 1998. Avec 82,7millions d’appareils vendus au cours des trois premiers mois de l’année 2012, le groupe finlandais s’est fait dépasser par le sud-coréen Samsung, dont la production mondiale est supérieure à 93 millions de mobiles. Sic transit gloria mundi… “Ainsi passe la gloire du monde” ou, comme on dit en Finlande, Näin kulkee kunnia maailman

Pour Nokia, les mauvaises nouvelles ne s’arrêtent malheureusement pas à son seul recul dans le classement mondial.

Les chiffres trimestriels dévoilés le 19 avril par le fabricant de téléphones mobiles et de réseaux de télécoms sont tous aussi mauvais les uns que les autres : son chiffre d’affaires affiche en effet une baisse de 30 %, à 7,4 milliards d’euros ; son résultat d’exploitation est dans le rouge de 1,3 milliard et sa perte est de 929 millions. Un montant qui s’avère bien supérieur aux prévisions des analystes : Dow Jones Newswires tablait sur un déficit deux fois moindre. Un an plus tôt, les comptes du groupe finlandais étaient bénéficiaires de 344 millions d’euros.

Lire la suite

jeudi, 03/05/2012
Par Frédéric Paya

Tim CookLe groupe californien mise sur la hausse du niveau de vie dans l’empire du Milieu pour y vendre ses iPhone.

Les doutes des investisseurs sur un possible ralentissement des ventes mondiales d’Apple et les craintes liées aux rumeurs sur un éventuel retard de cinq mois pour le lancement du nouvel iPhone 5 ont été rapidement balayés par la publication des résultats trimestriels du groupe américain. Les chiffres sont bien au-delà des prévisions des analystes financiers et démontrent, s’il fallait encore le faire, qu’Apple ne connaît pas la crise : son chiffre d’affaires s’établit à 39 milliards de dollars (en hausse de 58 % en un an) et son bénéfice a quasi doublé, à près de 12 milliards.

« Nous sommes ravis des 35 millions d’iPhone vendus », s’est félicité Tim Cook, président d’Apple. C’est à peine 2 millions de téléphones de moins que le nombre d’appareils commercialisés entre octobre et décembre, une période traditionnellement faste pendant laquelle le groupe voit ses ventes exploser avec les fêtes de Noël. Autre grand succès, celui rencontré par la tablette tactile iPad, avec 12 millions d’exemplaires vendus le trimestre dernier : les consommateurs s’arrachent la nouvelle version. Au total, 67 millions d’iPad, produit lancé il y a deux ans, ont déjà été commercialisés.

Lire la suite

Culture

L'art de la presse


jeudi, 03/05/2012

Par François Bousquet

Le Parisien libéré en 1951La Bibliothèque nationale de France revisite l’histoire de la presse écrite, des origines à aujourd’hui. L’occasion de s’interroger sur l’avenir des journaux papier.

Juché sur ses Cahiers de la quinzaine, Charles Péguy disait du divin Homère qu’il est plus jeune que le journal du matin. Cela n’est qu’en partie vrai, comme le prouve l’exposition “La presse à la une. De la Gazette à Internet”, qui vient d’ouvrir ses portes sur le site François-Mitterrand de la Bibliothèque nationale de France (BnF). Les quotidiens ont beau ne durer « que du matin jusques au soir », pareils en cela à la rose de Ronsard, ils se conservent malgré tout. C’est même l’une des missions de la BnF, qui les sauvegarde de leur obsolescence programmée grâce à l’institution du dépôt légal en les archivant soigneusement dans ses “entrailles”.

Un véritable trésor que les conservateurs de la Bibliothèque ont eu la bonne idée de présenter au public dans une exposition dense qui retrace la longue histoire de la presse écrite, cet « oeil toujours ouvert », disait Tocqueville, depuis les premières gazettes au XVIIe siècle jusqu’aux journaux en ligne du troisième millénaire. On la parcourt comme on feuilletterait le livre d’or du journalisme.

Lire la suite

Christopher G. Moore, l’Asiate


jeudi, 03/05/2012

Par Marc Charuel

Christopher G. MoorePlus Thaïlandais que Canadien, cet ancien universitaire n’ignore rien et ne nous cache rien de la face ténébreuse de l’Asie du Sud-Est.

Christopher Moore est un homme discret. Un peu à l’image de Calvino, le personnage principal de sa série policière, dont le premier des douze romans traduit en France vient de paraître en ce début d’année. Une sorte d’antihéros, timide, un peu idéaliste, qui rêve d’un monde parfait, mais en donnant l’impression d’avoir déjà renoncé à tout.

De nationalité canadienne, Moore a commencé à enseigner le droit à l’université de Colombie-Britannique, jusqu’à ce qu’il décide un jour de changer de vie. Nous sommes à la fin des années 1980. Il démissionne pour aller chercher l’aventure en Asie. Il a 30 ans et rêve d’écrire des romans sur les affaires politiques locales. Il visite la Chine, le Laos, le Viêtnam, le Cambodge, et finit par s’installer en Thaïlande. Pour lui, Bangkok correspond parfaitement à l’idée qu’il se fait d’une terre d’aventures. Il va s’y fondre et y attraper le “mal jaune”.

Douze ans plus tard, lorsqu’il rencontrera, aux États-Unis, sa future femme, thaïe d’origine, il sera son guide en Thaïlande… C’est dire à quel point il maîtrise son sujet ! Il connaît le pays sans doute mieux que bien des autochtones. La vie sociale, politique et économique n’a plus de secret pour lui. Il fréquente le Club de la presse, les hôtels internationaux, les ministères et les administrations, mais aussi et surtout les milieux marginaux. Il adore traîner dans le quartier de Khlong Toei, le grand port de Bangkok qu’aucun guide ne conseillerait jamais de visiter. Il connaît les vendeuses de soupe du parc Lumpini, les mama san des bordels de Patpong et les flics véreux, absolument toute la faune qui compose ses thrillers. Il étudie depuis vingt ans, un peu à la manière d’un anthropologue, la face sombre du pays du sourire.

Lire la suite

Histoire

jeudi, 03/05/2012
Par Claire L'Hoër

Ronald et Nancy ReaganLa Constitution des États-Unis n’a pas changé depuis sa rédaction par les Pères fondateurs. La pièce maîtresse en est le président, élu tous les quatre ans. Quarante-quatre se sont succédé dans le Bureau ovale.

A l’issue de la guerre d’Indépendance, les Américains ne veulent pas d’un nouveau monarque pour remplacer le souverain d’Angleterre dont ils ont rudement secoué la tutelle, mais ils cherchent un représentant efficace et respecté. Le président doit être reconnu par tous les citoyens. Il doit être capable de prendre des décisions en cas de crise et être entendu des chefs d’État étrangers dans les affaires internationales.

En 1789, le consensus est évident autour de la personne de George Washington. Trop courageux pour reculer devant l’adversité – il l’a prouvé en combattant contre les Anglais – , trop riche pour être intéressé, trop sage pour détourner la fonction présidentielle de la philosophie qui a mené à sa création, il est la figure idéale de la démocratie américaine. Les 69 grands électeurs du moment l’élisent à l’unanimité. Pourtant, Washington hésite à quitter la plantation où il s’est retiré après ses faits d’armes. La gloire vaut-elle le sacrifice des valeurs puritaines : modestie, labeur, frugalité ? Il faut la ferveur de toute une population pour le convaincre : la République naissante a besoin d’un représentant incontesté. Un long cortège acclame Washington de Mount Vernon à New York, capitale temporaire du jeune État.

Mais le pouvoir use même les héros. Dès l’origine, deux courants se font jour dans l’opinion politique américaine : Thomas Jefferson – d’abord ministre des Affaires étrangères de George Washington puis troisième président américain en 1801 – affirme : « Quand les gens craignent leur gouvernement, c’est la tyrannie. Mais quand le gouvernement craint son peuple, c’est la liberté. »

Lire la suite

Loisirs

jeudi, 03/05/2012
Par Virginie Jacoberger-Lavoué

Robe Balenciaga, 1968Le couturier collectionnait les costumes ibériques du XIXe siècle et les habits religieux, mais on le surnomma “l’évêque de la modernité” pour sa vision rigoureuse du vêtement. Rétrospective à la Cité de la mode.

Le premier essayage chez Balenciaga vaut le troisième ailleurs, assurait la grande Marlène Dietrich. Christian Dior, dont il fut proche tout en ayant une vision de la mode très éloignée de la sienne, le présentait parmi les couturiers comme « notre maître à tous ». Peu portée aux compliments, la redoutable Coco Chanel s’inclinait devant ce « vrai couturier », seul capable de « dessiner et de découper un tissu, de le monter et de le coudre à la main ». Il sera le seul à partager avec Madeleine Vionnet une telle virtuosité de la coupe à plat des tissus.

Né à Guétary en 1895, disparu il y a quarante ans, Cristóbal Balenciaga, dont la vocation artistique doit beaucoup à sa mère couturière, était ambidextre et coupait des deux mains avec une justesse inégalable. Dans l’apparente frivolité de la mode, il sut déceler les détails les plus secrets et se nourrir « de l’étendue des technicités », explique Olivier Saillard, directeur du musée Galliera – le musée de la mode – , à Paris, et commissaire de l’exposition “Cristóbal Balenciaga, collectionneur de mode”. Celle-ci est organisée par le musée Galliera hors de ses murs, aux Docks – qui abritent l’Institut français de la mode – , sur la rive gauche de la Seine, à deux pas de la gare d’Austerlitz. Inédite, l’exposition part judicieusement des archives personnelles du couturier ibérique, dévoilées pour la première fois, afin de mettre en perspective toute la richesse de son travail.

Lorsqu’il fuit en 1936 la guerre civile espagnole et s’installe à Paris, créant sa maison en 1937, il n’est déjà plus un inconnu et on le loue pour la rigueur de son travail et pour son audace créative, qui n’acquiert la profondeur que nous lui connaissons qu’en raison de son érudition. Toute sa vie, celui qu’on surnomma “l’évêque de la modernité” sera aussi fervent catholique qu’ardent collectionneur d’habits, passionné par l’histoire de la mode. À travers les quatre-vingts pièces du fonds ici exposées, c’est toute la somptuosité d’une époque, le XIXe siècle, qui est révélée, ainsi que la puissance, le foisonnement, le lyrisme, l’ampleur et le caractère baroque de la mode ibérique.

Lire la suite

jeudi, 03/05/2012
Par Virginie Jacoberger-Lavoué

Les glaciers de Patagonie, les Andes voilées de brume ou le désert pour horizon… Née au Chili, d’origine à la fois chilienne et écossaise, Francisca Mattéoli, collaboratrice notamment de National Geographic, a passé son enfance dans une ferme isolée de son pays natal puis dans d’autres pays d’Amérique du Sud, où la beauté et la singularité des grands espaces l’ont naturellement portée à s’intéresser à l’environnement et à sa préservation.

Ce qu’elle affectionne lorsqu’elle se déplace, ce sont les destinations préservées. De belle allure, la grande voyageuse, au regard aussi envoûtant que celui de Carole Bouquet, nous livre ses Échappées belles dans un ouvrage richement illustré qui privilégie les destinations les plus insolites parmi les sites les plus authentiques, avec notamment pour ports d’attache des hôtels respectueux de leur environnement, souvent à proximité de sites inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco. Le récit mêle souvenirs personnels et références à de grands artistes ou écrivains, et séduit par son éclectisme. Francisca Mattéoli nous confie les histoires qu’on lui racontait enfant et nous prend par la main jusqu’à l’île de Pâques pour y admirer les célèbres statues, les moaïs, et profiter du cadre exceptionnel de la posada de Mike Rapu, premier lauréat sud-américain du label écologique Leed.

Lire la suite

share